Identité nationale – bis

En plein débat sur l’identité nationale et alors que SOS Racisme lance une pétition d’envergure pour l’arrêter (je vous invite d’ailleurs à signer la pétition sur le site ), je voulais partager avec vous mon sentiment. Il s’agit d’un écrit qui date du mois de mai dernier, bien avant tout ce déchainement médiatique et raciste que la France vit en ce moment.
Je n’ai pas la prétention de savoir ce que signifie « être français », la question, à mes yeux, n’est pas là. Je veux juste expliquer pourquoi certaines personnes, noires, arabes, asiatiques … peuvent ne pas se sentir français.

Think

Se sentir français…

Une envie d’écrire sur ce fameux sentiment d’appartenance à la nation française. Pourquoi cette envie subite maintenant ? Non pas que je me pose des questions depuis un moment. Il s’agit plutôt d’une réflexion qui me vient d’une discussion en famille ce week-end. Autour de la table, nous avons tous un point commun. Nous sommes nés français, sur le sol français, avant les fameuses lois Pasqua des années 90. Nos parents sont étrangers, immigrés. Nous avons acquis la nationalité française par le principe connu de la loi du sol. Nés en France, français donc ? Pas si simple pour certains.

Pas si simple en effet.
Il m’a semblé être la seule à me sentir française autour de cette table. Oui je suis française !
Je suis née en France, je me suis toujours sentie française. Pourquoi ? Parce que j’ai toujours fait la distinction entre ce qui vient de mes origines et ce que je suis réellement. Je suis un pur produit de la culture française. Ma langue maternelle est le français, j’ai étudié sur les bancs de l’école française. Liberté, égalité, fraternité, j’y adhère, j’y crois, je veux les vivre. Je suis le fruit d’un amour né sur le sol français. Parce que dans tous les voyages faits à ce jour, les personnes que j’ai rencontrées m’ont considérée avant tout comme française. Des Etats-Unis à la Grèce, en passant part mon pays d’origine, le Sénégal. Plus j’ai avancé dans les études, plus j’ai appris à connaître la France, à ouvrir les yeux sur ses fiertés, mais aussi sur ses ambiguïtés. Des ambiguïtés que je porte en moi, aussi. Je me sens française car je suis française. Cela ne fait nul doute dans mon esprit.

Autour de cette table donc, je suis la seule à me sentir française. Je ne suis pourtant pas la seule à détenir ma carte d’identité dans mon portefeuille, à voyager avec un passeport français. Autour de cette table, mais partout ailleurs, les témoignages s’accumulent. Rappeurs, slammeurs, écrivains, casseurs. Tous crient la même douleur. « Le cul entre deux chaises », « hybride », « métisses », tant de qualificatifs pour mettre la lumière sur un sentiment partagé par tous : « je ne me sens pas français ». D’où vient le malaise ? Quelle peut être l’origine de ce déni d’une partie si importante de leur culture ? Quelle peut bien être la justification d’un tel manque de fierté d’appartenir à la nation française ? Je pense avoir un élément de réponse…

… un élément de réponse donc ?
Oui, un élément de réponse, en écoutant deux amis. Pour eux deux, le même élément déclencheur à cette perte d’identité française, le renouvellement de la carte nationale d’identité. Intrigant me direz vous ? Pourtant, c’est bel et bien en allant renouveler leur carte d’identité, symbole on ne peut plus tangible de leur appartenance à la nation qu’ils ont perdu tout sentiment d’être français. Un comble !

Face aux fonctionnaires de l’administration, (oui face, car il s’agit bien là d’une bataille), ils ont du faire la preuve de leur nationalité.
Pour l’un, on demande le certificat de nationalité française, avec comme justification « ce n’est pas parce que vous avez une carte de nationalité française que vous êtes français ». Ah bon ??? Première nouvelle ! Quelle est donc l’utilité de la carte nationale d’identité si ce n’est de pouvoir faire la preuve de ma nationalité et de mon identité. Une claque en pleine figure ! Une vraie claque oui ! Pour enchaîner avec un coup de poing assassin: « Vos parents ne sont pas français, vous avez beau avoir une carte d’identité, j’ai besoin d’un certificat me prouvant que vous êtes bien français ». Comprenez « En gros, tu es Noir, donc sans certificat, tu n’es pas français, ce n’est pas possible ! » Comment se sentir français face à de tels arguments ? Face à un tel rejet, déni et par-dessus tout, dans un rapport de force aussi biaisé ?

Pour le second, on exige le certificat de nationalité des parents nés sous une colonie française avant les indépendances. Vous y croyez vous ? Pour un jeune homme né en France en 1976 et ayant grandi en France, il est nécessaire de prouver son appartenance à la nation française en justifiant de la naissance de ses parents dans une colonie française avant son indépendance. Quel affront ! Deuxième claque en pleine figure ! C’est simple à comprendre voyons « Vous ne pouvez pas êtes français, vous êtes noirs ! » « Vous ne pouvez être français uniquement parce que vous avez été colonisés ». C’est tellement évident, CQFD ! Rentre chez toi Bamboula !

La réponse est donc simple, pour tous ceux avec qui je discute.
La France ne veut pas de moi ? Très bien ? Qu’elle ne compte pas sur moi !
Elle me renvoie à mes aïeux colonisés ? Très bien ! Je vais donc profiter du système pour qu’elle paie enfin toutes les injustices qu’elle leur a fait subir ! La France je la casserai, je la bafouerai, je l’utiliserai ! Et si elle continue à ne plus vouloir de moi, j’irai trouver mon bonheur ailleurs !
Elle me demande de m’intégrer ? M’intégrer à quoi ? A qui ? Pourquoi ? et surtout pour qui ?
Quelque soit les efforts que je fais, les pas qui me rapprochent de l’excellence, elle me punie, elle ne veut pas que j’avance ! Alors je la fuis, je la renie, je l’oublie ! je deviens égoïste.
Les plus courageux se rapprocheront de leurs origines et de leurs racines. L’Afrique comme seul salut, une terre promise et élue. Une terre qui les accueillera à bras ouverts, sachant reconnaître leurs compétences, leurs efforts et les remerciant à leurs justes valeurs.
D’autres, ne sachant que faire, la fuiront pour des jours meilleurs, les Etats-Unis, le Canada pourquoi pas. Un lieu où quelque soit ses origines, la chance est la même pour tous. Enfin, croient-ils…

Je pensais avoir répondu à toutes mes questions, sur ce fameux sentiment d’appartenance, mais c’est finalement enragée et découragée que je finis d’écrire. Enragée, et surtout avec autant de questions en suspens. France, que t’avons-nous fait pour que tu nous haïsses autant ?

4 commentaires sur « Identité nationale – bis »

  1. Qui nous demandent d'être intégré ? Notre voisin, notre employeur, notre boulanger, nos amis, nos collègues ? NON, c'est la radio et la télé ! Les médias, des fonctionnaires et des journalistes en mal d'audience !

    Alors que ce « Débat » bat son plein avec des amalgames et autres dérapages « coupés-montés », où problèmes sociaux et identitaires sont confondus… Où l'on entend « musulman modéré » parce que « mulsulman » tout court, veux dire « intégriste »… Que 95% de la couverture médiatique sur les « Minorités Visibles » parle seulement de la « Minorité Violente » et non des 95% intégrés réussissant honnêtement…

    Bref, alors que ce débat bat son plein, j'ai adoré que la Miss France élue par les français soit Malika Ménard…

    Bref, qu'on arrête la parano, on est majoritairement « intégré » !
    Même si au niveau de l'administration, derrière les guichets il y a pas mal de frustrés (et pas que pour les papiers)… Que les médias et les politiques arrêtent de nous prendre pour des c..s !

    On se croirait en 2001…

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  2. @ Dibah :
    J'ai surtout adoré le fait que Malika Ménard, que l'on a tout de suite présenté comme un symbole (une beurette Miss France), porte ce prénom tout simplement parce que ses parents l'ont trouvé joli…
    En revanche, je ne suis pas sure que notre voisin, nos collegues, notre employeur ne nous demande pas d'être « intégré » comme ils disent, moins noir, moins arabe. Ils nous le demandent, mais n'ont pas de porte voix assez puissant pour le faire savoir de manière aussi claire que les médias.
    Parano, uhm, de qui parles tu? de cette France qui mene le débat ou des gens qui sont visés par ce débat justement?
    On se croirait en 2001? pour moi c'est « moins pire » car la boite de Pandorre a été ouverte en 2001 justement. Les gens se dévoilent, se lachent mais au moins, on ne nous prend pas en traitre cachés dans l'isoloire, on sait très bien où nous en sommes, à nous de faire avec…

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