Mélancolie & Empowerment : A seat at the table by Solange Knowles

En boucle… Repeat. 2 mots pour décrire la même chose. A seat at the table, depuis sa sortie le 30 Septembre dernier, ne quitte plus nos oreilles.

Je ne pense pas être la seule. L’engouement pour le dernier album de Solange Knowles, A seat at the table est indéniable et mondial. L’album a débuté numéro 1 des ventes au classement Billboard 200. Beau. A la hauteur de la majesté et de la beauté de ce troisième opus. La production incluant Raphael Saadiq sur de nombreux morceaux y est pour beaucoup. Mais ceux sont surtout les mélodies, les harmonies, les interludes et les textes,  qui donnent le ton : Mélancolie & Empowerment.

« I slept it away, I sexed it away, I read it away »

Solange nous offre un couvert à sa table, un trousseau des clés de chez elle. On l’imagine recluse en Louisiane dans la maison où elle s’est isolée pendant 1 mois pour finaliser l’écriture de cet album pour lequel elle dit avoir sacrifié beaucoup physiquement, financièrement, physiologiquement. Cela se ressent.

Elle nous embarque d’ailleurs avec elle dans cette introspection. Une découverte de soi, de ses racines, de ses peurs, de ses forces.. En tant qu’humain, en tant que femme, en tant que noire, en tant que mère, en tant que soeur dans un monde où finalement, nous avons l’impression parfois de ne pas encore avoir trouvé notre place.

Beaucoup de chansons raisonnent en moi dès la première écoute. Cranes in the Sky, Don’t touch my hair sonnent comme des évidences dans lesquelles beaucoup d’entre nous se reconnaissent. Je me rappelle encore du cran avec lequel Solange avait mis fin à son contrat d’égérie de la marque Carol’s Daughter disant qu’elle ne voulait plus que l’on juge ses choix capillaires. Une réponse, Belle et Puissante à ses détracteurs.

Mais je pense vraiment que la chanson qui me touche le plus est Borderline, An Ode to Self care.

« You know I have the world to think
And I know I gotta go ahead and take some time
Because the last thing that I want
Is think that it’s time that I leave the borderline »

Vous savez à quel point j’accorde de l’importance au soin de soi. Oui il faut prendre soin de nous. Oui il faut se créer des moments, des murs, des espaces dans lesquels nous ne retrouvons nous et prenons soin de nous. Physiquement, intellectuellement, psychologiquement, esthétiquement. Minimiser les traumatismes que l’on vit en tant que Noir dans ce monde, c’est une folie, qui conduit des fois à des comportements « borderline ».

Si taboo dans nos communautés. Les problèmes psychologiques et les traumatismes sont pour beaucoup considérés l’apanage des « blancs ». On voit même circuler ici et là le terme « négro fragile », nouvelle insulte 2.0. visant à dénigrer la moindre once de faiblesse de l’homme noir devant résister coûte que coûte dans ce monde qui l’oppresse.

On oublie pourtant que les espaces de « socialisation » qui existent dans nos sociétés traditionnelles et permettent de soulager les âmes troublées (l’arbre à palabres, le sabar…) n’existent plus ici, à Houston ou à Point à Pitre. Une historienne et psychiatre que j’ai découvert récemment, Dr Joy Degruy parle de syndrome traumatique post esclavage.

Une conversation pas facile à mener, elle le dit elle même, mais une conversation que nous sommes obligés d’avoir. Intérieurement et entre nous. En famille. Elle a d’ailleurs convié son père, sa mère dans des interludes touchant et dynamisant. Master P quant à lui, nous explique d’où vient le « Uh-Uhhhhhh » des NoLimit Soldiers, label qu’il a crée dans les années 90. Pourquoi il a choisi d’appeler son label NoLimit et d’appeler les membres de son crew des Soldiers, des soldats. Powerful! J’étais loin de me douter de tout cela lorsque je faisais tourner mes cassettes de clips au lycée.

 

All my niggas got the whole wide world
Tell them niggas that it’s all our turn
This us, some shit is a must
Some shit is for us

L’indépendance financière comme porte de sortie. Elle en parle d’ailleurs dans une interview puissante. De cette main qui donne à donne à manger et que l’on doit respecter mais qui en même temps nous oppresse. Naviguer entre les deux. Trouver sa place. Avoir la bonne stratégie. Ne pas s’oublier. Ne plus se faire exploiter. F.U.B.U., For Us By Us, une réponse à l’appropriation culturelle et la nécessité de conserver des choses qui sont les nôtres.

 

Optimiste pour les uns, un peu trop remuant pour les autres, ce qui est sur, c’est que cette invitation à la table de Solange Knowles ne laisse pas indifférent. Pas besoin de vous dire que le CD (oui, j’achète encore des CD), sera un collector que je garderai précieusement.

Chez tous les bons disquaires.